Une petite histoire…

publié le 29 septembre 2016

Un automobiliste se rend soudain compte que l’un des pneus de sa voiture est crevé. Il s’arrête en urgence, obligé de stationner en rase campagne devant les murs d’un asile psychiatrique, tentant de  changer sa roue sous l’œil inquiétant d’un fou juché sur le faîte du mur susdit. Rendu nerveux et stressé par cette situation inédite, l’automobiliste fait un geste malheureux et laisse tomber l’un des écrous qui serre sa roue dans la bouche d’égout.

Désespéré, il s’assoit sur le rebord du caniveau, ne sachant plus que faire. C’est alors que le fou qui a observé la scène lui propose : « vous n’avez qu’à remonter la roue de secours avec les trois boulons restant. Vous arriverez ainsi jusqu’à la prochaine station-service où l’on pourra vous dépanner. »

Tout à la fois heureux, surpris et un peu gêné, notre homme se redresse et dit alors au fou : « Mais vous n’êtes donc pas… » Il hésite devant la brutalité des termes de « malade » ou de « fou », se ravise et poursuit « vous n’êtes pas dans …cette maison ? ». Et le fou de lui répondre « Eh oui, je suis fou, je ne suis pas con ! »

 

Cette petite histoire me semble riche d’enseignements si l’on prend la peine de s’y arrêter un peu plus que le temps d’un rire. On y retrouve des figures caractéristiques : difficulté à nommer le désordre mental, toutes les catégorisations connues, maladie, folie, handicap, semblant inappropriées ou insuffisantes ; position dérangeante du fou qui semble à la fois dangereux et en danger, juché en équilibre sur son mur, prêt à tomber ou à commettre quelque forfait, position également inquiétante parce qu’à la frontière de deux mondes. Cette histoire dénonce également la croyance qui veut qu’une maladie ou un handicap mental s’accompagnent forcément d’un lourd déficit intellectuel.

Enfin, l’a priori de l’automobiliste sur la folie nous rappelle combien notre perception des personnes dites handicapées mentales ou psychiques est empreinte d’imaginaire. Ce dernier point est tout particulièrement marquant concernant les capacités artistiques : le formulaire d’internement administratif d’Antonin Artaud à Ville d’Avray porte la mention : « Artaud. Antonin. Se dit écrivain ». On mesure là combien notre perception est influencée par des pré-requis sociaux et culturels : l’interné, la personne prise en charge par une institution ne peut être vraiment un artiste car son statut social et psychologique renvoie à un déficit global et indifférencié qui semble affecter à la fois les capacités intellectuelles et artistiques.

À l’inverse, un artiste ne peut pas être un vrai fou, tout au plus un « fou génial » comme on les aime dans les salons  mondains. Pour remettre les pendules à l’heure, nous vous invitions à venir voir les spectacles du festival « Orphée Viva la Vida ». Il ressort de l’ensemble de la programmation une image bien pus complexe que ces clichés habituels. Pour ceux qui veulent en savoir plus, le colloque du 14 octobre à l’Apostrophe, « Art et handicap, nouvelles images, nouvelles mythologies » nous permet d’aller encore plus loin dans la réflexion…

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